"Aujourd’hui, l’objectif est d’écrire du code lisible par tout dispositif de lecture ayant accès aux référentiels (langue, langages, caractères...) tels qu’ils sont précisés dans chacune des pages. On change la donne, et on revient à des enjeux foncièrement documentaires."
Propos recueillis le 14 juin 2005.
Olivier Roumieux — Le parcours n'est pas rectiligne, c'est plutôt une succession d'opportunités. Avec certainement quand même le document au coeur de tout cela. Après des études assez tièdes d'histoire, j'ai décroché un diplôme de documentaliste via l'INTD (Institut national des techniques de la documentation). Puis l'armée m'a donné l'occasion d'être archiviste pendant les quelques mois réglementaires avant de commencer ma carrière comme bibliothécaire. J'ai obtenu un DESS en multimédia au milieu des années quatre-vingt-dix, période où l'on comparaît les débuts pénibles du commerce électronique avec la manne du minitel en France. J'ai ensuite été journaliste spécialisé dans les technologies de l'information pendant cinq ans. Avec le Web en toile de fond toutes ces années.
Olivier Roumieux — Cette place du document et mon expérience personnelle ont certainement joué beaucoup dans mon approche des standards du Web : les professions de l'information regorgent de standards et de normes ! Au-delà de cet aspect quelque peu rébarbatif, les bibliothécaires sont sensibilisés depuis de nombreuses années à l'intérêt de normes communes pour mieux échanger et partager. La norme Marc (Machine readable cataloging), répandue sous différentes déclinaisons (malheureusement) dans la plupart des bibliothèques du monde, vise à uniformiser ce que l'on appellerait aujourd'hui des méta-données documentaires, et que l'on appelait alors tout simplement des notices bibliographiques. La lecture publique est un autre secteur où l'on s'efforce d'offrir l'accès le plus large à l'information. Il est donc tout naturel que les professionnels réagissent favorablement aux concepts de standard et d'accessibilité en matière d'offre Internet.
Olivier Roumieux — Entre nous, nous qualifions cette nouvelle version de "transition". Non pas de manière péjorative pour parler d'un travail au rabais. Nous avons souhaité, sur de nombreux points, avancer de manière significative sans forcément se fixer des objectifs démesurés. Sur le plan des pages elles-mêmes, nous avons choisi le HTML 4.01 Transitional plutôt que le XHTML, mais en s'assurant que ce standard soit le plus largement possible respecté. De même avec l'accessibilité, nous avons modestement placé le curseur sur le niveau bronze, afin de déjà respecter un certain nombre de "bonnes pratiques" fondamentales. Mais nous ne visons pas la certification dans l'immédiat. Je préfère avancer doucement plutôt que de tout miser sur un examen, au risque de se relâcher après l'effort.
Olivier Roumieux — Nous sommes en train de le terminer (le site ouvre fin juin), après quelques mois de travail acharné, depuis les tests utilisateurs. Nous avons eu recours à un prestataire pour nous aider dans la reprise des contenus. A cette occasion, nous avons exigé que l'équipe proposée comporte au moins un expert en accessibilité, certifié par Accessiweb. Et j'ai pu alors mesurer tout l'intérêt du dialogue humain et de l'expertise pour interpréter les fameuses recommandations.
Olivier Roumieux — En phase de conception, l'accessibilité suscite quelques contraintes qui peuvent avoir un impact fort en terme de produit, comme la limitation des libellés de liens à 80 caractères, qu'il nous a fallu faire accepter par le chef de produit du site. Une autre difficulté consiste à maintenir un niveau de qualité constant sur une masse importante de pages statiques ; c'est pour cela que je préfère d'ailleurs prioriser les recommandations plutôt que de viser un absolu éphémère. L'autre difficulté tient bien évidemment à la compréhension de certains points : jusqu'où faut-il aller et à partir de quand peut-on s'arrêter ? Outre le dialogue, il ne faut pas oublier... le bon sens. Et parfois ce qui manque également, c'est le retour direct de l'internaute, avec ses conceptions et ses difficultés diverses : on suit un certain nombre de règles, sans connaître le ressenti réel d'une personne non-voyante, par exemple, devant les pages. Mais je suis certain que nous aurons des réactions après la mise en ligne.
Olivier Roumieux — Il n'est pas envisagé pour l'instant d'évaluer cette action sous forme d'un quelconque "retour sur investissement", tant elle semble naturelle pour un site de service public. Cela ressort plutôt de l'évolution normale des équipes de développement. Pour être honnête, nous nous préoccupions auparavant de vérifier que la page tenait bien debout dans IE et Netscape, qui sont des dispositifs de lecture bien précis. Aujourd'hui, l'objectif est d'écrire du code lisible par tout dispositif de lecture ayant accès aux référentiels (langue, langages, caractères...) tels qu'ils sont précisés dans chacune des pages. On change la donne, et on revient à des enjeux foncièrement documentaires.
Olivier Roumieux — Sur le plan des sites publics, la démarche tend à devenir obligatoire, donc plus tôt on s'y mettra, moins ce sera difficile de tenir les échéances. Pour les sites privés, je dirais, au-delà de l'argument qu'un site plus accessible amène plus de clients, qu'une démarche d'accessibilité s'intègre également dans un projet plus vaste de séparation de la forme du fond. Cette séparation permet la diffusion la plus large de tous ses contenus sur les médias existants et à venir, et donc anticipe l'apparition de nouvelles sources de profits ;-)
Olivier Roumieux — La Documentation française doit faire preuve d'une certaine exemplarité dans la gestion des sites dont elle a la responsabilité : ladocumentationfrancaise.fr, bien sûr, mais également service-public.fr et vie-publique.fr. Je ne dis pas que tout ce que nous faisons est parfait, loin de là, mais il me semble important de construire une démarche, se fixer un certain nombre d'étapes, et de s'y tenir !
Olivier Roumieux — Et bien justement, l'idée est de faire avancer l'accessibilité des sites de manière concentrique : les mises à niveau successives d'un site ou d'une rubrique doivent nous permettre de faire progresser nos pratiques, de manière incrémentale et progressive. Ainsi, après s'être appuyé sur le niveau bronze d'Accessiweb pour la refonte du site de ladocumentationfrancaise.fr, nous allons certainement accroître notre effort dans les prochains mois en adoptant le référentiel de l'ADAE qui apporte certaines recommandations supplémentaires pour les sites publics.
Une question, une remarque ? Écrivez à l'auteur.
Page valide XHTML 1 Strict,
CSS2 et
accessible AA.
Ce site s'affiche mieux dans un navigateur conforme aux standards,
voici pourquoi.
Site hébergé par l'APINC
et propulsé par SPIP.